Après que le Parlement a voté une nouvelle loi pour encourager la presse à mieux remplir ses obligations, de nombreuses associations de journalistes ont porté plainte pour atteinte aux droits fondamentaux de la presse. Elles citent en exemple plusieurs cas de reporters dûment renvoyés après que les informations émises dans leurs articles se furent révélées fausses.
« C'est absolument scandaleux ! » s'exclame un représentant du Syndicat Pressé. « Cette loi bride notre liberté d'expression et nous contraint à ne révéler que des informations vérifiables : c'est une ignoble tentative pour nous décrédibiliser auprès de l'opinion. »
Au Ministère de la Communication, on ne semble pas de cet avis. Un communiqué précise en effet que la loi votée le 17 novembre était inspirée d'une campagne citoyenne impulsée par des politiciens, des hommes d'affaire et de simples citoyens qui s'indignaient de la publication d'informations erronées dans les périodiques du pays.
Des extraterrestres dans la capitale ?
On se souvient en effet de l'affaire qui avait fait grand bruit, il y a quatre mois, où un scribouillard d'une gazette concurrente avait répandu la nouvelle de l'enlèvement de notre capitale par un OVNI. Malgré les démentis du gouvernement, il avait alors fallu deux semaines aux forces de l'ordre pour ramener le calme dans les quelques villes de provinces où s'étaient constitués des “gouvernements de transition”.
De manière plus terre-à-terre — si vous me passez l'expression — les employés de la Dreddmax Incorporated ne sont pas près d'oublier le cahier économique farfelu paru dans une feuille de chou locale, à la suite duquel les actions du groupe chutèrent de façon dramatique, provoquant un plan de licenciement sans précédent.
« Plus de 1.000 emplois supprimés ! » s'exclame Naki Sparkle, un ex-employé de l'entreprise et véhément adhérent de la campagne. « Et pourquoi ? Parce que la presse ne se sent plus du tout concernée par la vérité ; tout ce qu'ils veulent, c'est doper les ventes ! »
Indignation des grands groupes de presse
« C'est de la censure ! » proteste Fleur Smith, rédactrice-en-chef de Gabfest Hebdo. « Nous informons les gens comme il se doit. Certes, il existe quelques journaux qui ne vérifient pas tous les faits avant de les publier, mais cela ne mérite pas des mesures aussi draconienne ! À présent que nous ne sommes plus autorisés à publier que l'absolue vérité, nous allons passer tout notre temps devant les tribunaux, avec tous ces politiciens qui crient constamment à la diffamation. Et que vont devenir nos colonnes “rumeurs” ? »
Le Porte-Parole du gouvernement, Bill de Jong, a vertement répliqué à ces critiques en signifiant aux protestataires qu'ils avaient de la chance qu'il n'ait pas été chargé de rédiger le texte, auquel cas ils auraient directement pu mettre la clef sous la porte.
« J'avais pour ma part suggérer à Sa Majesté de nationaliser la presse, comme il en a été fait pour nombre d'entreprises » nous glisse-t-il à la fin de la conférence de presse. « Il est dommage que ni le gouvernement ni le Parlement n'ait été assez courageux pour aller jusqu'au bout de leur action. Mais voilà les chiens déjà bien muselés. »
On se souviendra que le Ministre avait dû justifier de ses revenus lorsqu'il était à la tête de la télévision d'état, l'été dernier, après que des accusations de détournements avaient été rapportés dans le journal satyrique Le Pigeon Englué.
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